Le Cargo « MAYENNE » (1908-1917)

Le cargo « Mayenne » Cie de Navigation d’Orbigny. 1865-1950

Le Cargo « Mayenne » (1908-1917)

Ce cargo, construit aux Chantiers des Forges de la Méditerranée, au Havre, en 1908 pour le compte de la Compagnie de Navigation d’Orbigny, est Immatriculé à la Rochelle le 12 décembre 1908. Le 6 mai 1912, il est vendu à un armateur norvégien. Jaugeant 2456 tonneaux, il a 88,00 m de long, 13,37 m de large et est propulsé par une machine de 1200 cv.

LES VOYAGES DU MAYENNE POUR LA CIE DE NAVIGATION D’ORBIGNY

1909 – 1 voyage : Newport, Torre Annunziata (Baie de Naples), Tunis, Rotterdam.

             1 voyage : Newport, Marseille, Toulon, Oran, Rotterdam.

             1 voyage: Newport, Alger, Tunis, Middlesborough.

             1 voyage : Newport, Marseille, Les Salins-d’Hyères, Saint-Malo.

             1 voyage : Cardiff, Saint-Vincent du Cap-Verd, Foudiougne, Rufisque, Marseille.

             1 voyage : Marseille, Béni-Saf, Rotterdam.

             1 voyage : Newport, Sfax, Philippeville, Dunkerque.

1910 – 1 voyage : Dunkerque, Rouen, Alger, Livourne, Tunis, Philippeville, Le Havre.

             4 voyages : Dunkerque, Oran, Alger, Le Havre, Rouen.

             1 voyage : Newport, La Goulette (Tunis), Rotterdam.

             1 voyage : Cardiff, Saint-Vincent du Cap-Verd, Foudiougne, Rufisque, Bordeaux.

             1 voyage : Newport, Alger, Béni-Saf, Rotterdam.

1911 – 1 voyage : Cardiff, Tunis, Marseille, Bordeaux.

             1 voyage : Cardiff, Naples, Les Salins-d’Hyères, Saint-Malo et Fécamp.

             1 voyage : Dunkerque, Bizerte, Tunis, Mostaganem, Oran, Dunkerque.

             1 voyage : West-Hartlepool, Alger, Sousse, Tunis, Dunkerque.

             1 voyage : Cardiff, Naples, Sfax, Mahdia, Dunkerque.

1912 – 1 voyage : Dunkerque, Bizerte, Sousse, Dunkerque.

             1 voyage : Dunkerque, Toulon, Port-de Bouc, Saint-Malo.

             1 voyage : Dunkerque, Toulon, Huelva, Tonnay-Charente

C’est sous le nom de « Camilla » qu’il est coulé le 1er avril 1917 par le sous-marin côtier allemand UB 35, alors qu’il fait route de New York pour Rotterdam, avec un chargement de blé pour le Comité du Secours Belge. Au moment de l’attaque il se situe par 56°32’ de latitude Nord et 03°59’ de longitude Est. Il est alors la propriété de l’armateur norvégien William Hansen.

1er AVRIL 1917 JOURNÉE TRAGIQUE

PROCÈS VERBAUX CONCERNANT L’ATTAQUE DU “CAMILLA” LE 1er AVRIL 1917 – (Versions traduites du Norvégien en Anglais puis en Français)

Tribunal maritime de Bergen 8 mai 1917

E. Hesselberg.

Présenté au tribunal maritime de Bergen le 9 mai 1917

L. Madsen

Étaient présent le demandeur (plaignant) William Hansen qui a dit avoir informé la compagnie Bergen Dampskipassuranceselskap, qui assure les coques, que le navire en question n’était pas assuré et qu’il ne connaissait pas la compagnie d’assurance pour la cargaison.

Se sont présentés ensuite, l ‘inspecteur du navire et à la demande de la compagnie d’assurance, l’avocat Faye.

Le premier témoin fut Andréas Nicolai Havsgaard, 26 ans, second du « Camilla ». Il habitait au N° «3 Nedre Stolen à Bergen. Il était prêt à jurer de ne dire que la vérité et fournit un rapport qu’il déclara avoir fait, signer et qu’il reconnut, après lecture à voix haute, être exact.

Le S/S Camilla avait un tonnage de 3760DW tonnes. Il avait été construit au Havre, avait pour indicatif (d’escale ou d’appel ?) MNHG, était dirigé par Williams Hansen de Bergen. Il transportait une cargaison de blé destiné au comité de Secours belge. Ce blé avait été chargé à New York et devait être transporté à Rotterdam, via Halifax. Le navire était resté à New York jusqu’à l’autorisation, par les autorités anglaises, de faire une escale de contrôle à Halifax et d’un droit de passage accordé par les autorités allemandes. Le témoin ne connaissait pas les termes exacts de cette autorisation donnée par les autorités allemandes.

Le 31 /0, ils approchaient de la côte de Lister( ?) quand ils rencontrèrent une violente tempête, soufflant vers l’Ouest. Ils durent affronter ce temps jusqu’à minuit. Puis ils mirent le cap, plein Sud, vers Terschelling, en Hollande, ils étaient censés passer au-delà de la zone dangereuse. Le navire portait les insignes du Comité de Secours belge mais quand le sous-marin fut en vue, la voile qui était installée du poste d’équipage vers le centre du navire, avait été déchirée par le vent de la nuit. Sur chacun des deux mâts, flottaient les drapeaux aux couleurs du comité. En outre, ils avaient 2 ballons ( ?) à rayures verticales rouges et blanches.

Le sous-marin commença à tirer dès que le navire fut en vue et continua ainsi pendant 15 à 2à minutes avec 2 minutes d’intervalle entre chaque tir. Les grenades tombaient près du navire, l’une passa au –dessus du poste d’équipage, une autre à l’arrière. Le canot de sauvetage de bâbord fut mis à la mer en premier. Alors qu’ils ramaient en direction du sous-marin, une grenade faillit atteindre le canot.

A ce moment là, il faisait beau avec cependant une forte houle, en raison de la tempête qui avait précédé. La mise à la mer des chaloupes continua sans encombre. En fait, le témoin n’a pas vu le navire couler mais il a entendu 5 explosions à bord et a supposé qu’il coulait. Il était dans la chaloupe de tribord avec le capitaine. Au total, il y avait emporté peu de vêtements car ils pensaient que le navire ne serait pas coulé par les Allemands.

Tout le monde souffrait énormément du froid et de l’humidité. Ceux qui atteignirent le rivage durent être conduits à l’hôpital où ils restèrent environs 2 semaines. Le Capitaine Steffensen et A/B (able-bodied = bon pour le service) Hugo Jaeger de Hollande sont toujours à l’hôpital où ils ont été amputés des orteils. Le chauffeur Ulrik Strom est mort en cour de route. Il avait 19 ans et était de Sandviken à Bergen. Son corps a été jeté à la mer dans l’après-midi du 2 avril. Le 3 avril, le chauffeur John Aarberg mourut. Il avait 17 ans, lui aussi était de Bergen. Son corps a été également jeté à la mer.

Le Matin du 5 avril, à environ 10 miles nautiques de Utsira, ils ont été vu par le S/S Brattingsbjerg de Copenhague et conduits à Skudenes.

Dans la chaloupe de bâbord, il y avait 12 hommes. Ils entrèrent dans Møllingsvaag à Bømmeløen le 6 avril. Ils furent découverts par le S/S Karmsund et conduits à Haugesund.

Les personnes dont les noms suivent sont décédées en route : l’ingénieur en second Carl Dahl, 28 ans de Laxevaag à Bergen, l’aide suédois Mellin, environ 25 ans, le chauffeur suédois Johnson, environ 25 ans, l’employé du mess Jacob Olsen de Trondhjem, 26 ans et le chauffeur Arne Aas de Stavanger, 17 ans.

Les chaloupes étaient étanches et équipées selon le règlement.

Le témoin était à bord depuis 6 mois. Durant cette période, il n’y avait pas eu d’exercices de sauvetage avec mise à la mer des chaloupes mais elles avaient été décrochées et descendues plusieurs fois. Il y avait des gilets de sauvetage et des bouées à bord.

En route, personne ne souffrit de la faim mais on manqua d’eau. Un des réservoirs d’eau douce coulait, la bonde était sans doute tombée lors de la mise à la mer.

La déclaration a été lue à haute voix et signée.

Déclaration concernant le naufrage du S/S Camilla.

Dimanche 1er avril 1917.

Vent : Brise de Sud Est, temps clair.

Cap plein Sud.

A midi, à (56°32’ de latitude Nord et 3°59’ de longitude Est, changement de cap, car ils étaient à 27 miles nautiques de la Zone dangereuse. A 12 :25, on entendit un tir mais il était impossible de savoir d’où il provenait. Immédiatement, on donna l’ordre de stopper les moteurs et on donna 2 coups aigus de sifflet. Environ 1 minute après, un autre tir fut entendu et ils virent un sous-marin à bâbord, environ à 1/ 11/2 mile. On donna 2 autres coups de sifflet et la chaloupe de bâbord fut mise à l’eau. Le premier lieutenant (ou second ?) et 3 autres hommes montèrent à bord avec les papiers du navire et ramèrent en direction du sous-marin qui était alors derrière le navire. Le tir continua encore pendant 15 à 2à minutes.

Alors qu’ils accostaient le sous-marin, 1 officier et 3 hommes armés montèrent dans la chaloupe et nous ordonnèrent de retourner au navire. On donna l’ordre au premier lieutenant (Second ?) de rester dans la chaloupe, accostée au Camilla, gardé par un membre d’équipage du sous-marin. Celui-ci prit les papier et après quelque temps, on autorisa le premier lieutenant (Second ?) à retourner au navire. La chaloupe de tribord fut alors mise à la mer, chacun se rendit au canot qui lui était affecté et quitta le navire. Il était alors entre 13 :30 et 14 :00

Le vent fraîchit, puis tourna Sud Est et les canots naviguaient côte à côte vers l’est. A environ 15 :00, ils entendirent 5 explosions successives. Ils virent de la vapeur sortir de la cheminée mais rien de plus. Quelque temps après, ils virent sortir de la fumée comme si quelqu’un travaillait dans la salle des chaudières. A 18 :00, le Camilla flottait toujours. Le vent se leva, de gros nuages nous empêchaient de l’apercevoir.

Bergen le 9 mai 1917

A.Havsgaard

Premier Lieutenant

Déposé au tribunal maritime de Bergen le 9 mai 1917

L Madsen.

UN SOUS-MARIN CÔTIER

FICHE D’IDENTITÉ DE L’UB-35 :

C’est l’UB-35 sous le commandement de Rudolph Gébeschus, qui a coulé le « Camilla ». C’était un sous-marin côtier de type UB II qui avait été construit au chantier Blohm et Voss à Hambourg. Commandé le 22 juillet 1915, il a été mis sur cale le 28 décembre 1915 et terminé le 17 avril 1916.Zone de Texte:  C’est l’UB-35 sous le commandement de Rudolph Gébeschus, qui a coulé le « Camilla ». C’était un sous-marin côtier de type UB II qui avait été construit au chantier Blohm et Voss à Hambourg. Commandé le 22 juillet 1915, il a été mis sur cale le 28 décembre 1915 et terminé le 17 avril 1916.

Sous-marin côtier UB 36 du même type que l’UB35 Crédit photo : Bibliothek für Zeitgeschichte

SES COMMANDANTS :

Rudolph Gebeschus du 22 juin au 26 septembre 1916 / Otto Von Schrader du 27 septembre au 5 novembre 1916 / Rudolph Gebeschus du 6 novembre 1616 au 19 avril 1917 / Karl Stöter du 20 avril au 26 janvier 1918

On lui attribut 26 missions :

Flottille I : du 18 août 1916 au 1er février 1917 / Flottille II : du 1er février au 20 avril 1917 / Flottille Balte : du 20 avril au 19 juillet 1917 / Flottille de Flandre : du 19 juillet 1917 au 26 janvier 1918.

Son tableau de chasse :

42 navires coulés pour un total de 47.783 tonnes.1 navire endommagé pour un total de 157 tonnes et 4 prises de guerre pour un total de 6.390 tonnes

Le 26 janvier 1918, alors positionné par 51°03’N et 01°46’E il est la proie du HMS « LEVEN » Sur 28 membres d’équipage, il n’y aura que 2 survivants.

CARACTÉRISTIQUES DU SOUS-MARIN CÔTIER : UB35

Déplacement: 263 tonnes en surface, 292 tonnes submergé, 324 tonnes au total

Longueur : 36,13m – Largeur : 4,36m – Hauteur : 7,34m – Puissance : 284cv en surface et 280 submergé – Vitesse : 9,15 nœuds en surface et 5,81 nœuds submergé – Immersion : environ 164 pieds soit 50m -Armement : 2 tubes lance torpille à l’avant et un canon de 88mm – Équipage : 23 hommes

LA PRESSE PARLE DE LA GUERRE NAVALE

Mer du Nord

Dans la nuit du 7 au 8 avril, au cours d’opérations effectuées au large de Zeebrugge par des forces navales britanniques, deux destroyers ennemis ont été torpillés. L’un a été coulé certainement, quant au second, on sait seulement qu’il est gravement avarié.

La même nuit, des avions anglais ont bombardé le môle de Zeebrugge et les parcs à munitions de Bruges et de Gand.

L’ouverture des hostilités entre Etats-Unis et les empires du centre.

Le 6 avril, au lever du soleil, sur l’ordre de l’Amirauté américaine, les autorités ont saisi une centaine de navires allemands stationnés dans les ports de l’Union et dont la jauge totale peut être évaluée à 600.000 tonneaux environs. Les navires autrichiens, au nombre d’une dizaine, ont eu le même sort.

L’équipage  du croiseur auxiliaire allemand Cormoran, interné à l’île de Guam (groupe des Mariannes), refusant de se rendre aux Américains, a fait sauter son navire qui n’était autre que l’ancien vapeur russe Riazan, capturé par le croiseur allemand Emden, le 3 août 1914.

Plusieurs télégrammes annoncent la présence de sous-marins ennemis sur la côte américaine, aux îles Bermudes et à Porto-Rico.  Jusqu’à présent, le fait n’a pas été confirmé.

La guerre sous-marine.

Un transport brésilien, le Parana, a été coulé, sans avertissement, le 5 avril, dans la nuit, à dix milles au large de Barfleur, par un sous-marin allemand. Sur les quarante-sept hommes de l’équipage, trois ont été tués. Les survivants ont été sauvés par des torpilleurs français. L’enquête ayant démontré que l’ennemi avait coulé le navire de propos délibéré, le Brésil a rompu les relations diplomatiques avec l’Allemagne.

Parmi les autres navires marchands coulés, citons le paquebot français Ernest-Simons, torpillé en méditerrané, le 3 avril, et deux  vapeurs chargés par le Comité de Secours belge, le Trévier et le Camilla.

R. LEST. (Raymond Lestonnat)

L’illustration – N° 3867 – du 14 avril 1917