
Aussi appelée Brick du roi « La Mayenne »
DANS LE SILLAGE DE LA GABARE OU BRICK « La MAYENNE »
Gabare « La MAYENNE » (1821-1844)
Chantier : Bayonne. Commencé : 10/10/1820 ; Mis à flot : 17/04/1821 ; Retiré : 1844
Caractéristiques : 200 t ; 23.6 x 7.9 x 3.2 m : Nozereau sur plans Alexandre.
Observations : 7/1820 : Ordonnée ; 4/05/1821 : Armée à Bayonne pour le transport des bestiaux à Bourbon ; 19/07/1822 : De Bourbon avec « l’Espérance »pour Madagascar ; 19/12/1822-21/03/1823 : Envoyée de Bourbon pour acheter des plans de cafeyer à Moka, via Ceylan et Mahé ; 11/05-04/07/1823 : De Moka à Aden puis Bourbon ; 05/05/1826 : Désarmée ; 01/03/1831 :Armée à Rochefort ; 10/05/1837 : Remplacée comme stationnaire à Rochefort par « l’Observateur » puis désarmée ; 14/11/1844 : Ordre de rayer et de l’employer à Rochefort comme bâtiment de servitude ; Ponton d’amarrage jusqu’en 1844
CI-DESSOUS QUELQUES DONNÉES SUR LES CARACTÉRISTIQUES DE LA GABARE« La MAYENNE » D’APRÈS UN DEVIS DATÉ DE 1821
BAYONNE ANNÉE 1821
Devis De la Gabare du Roi « La Mayenne » de 332 tonneaux de déplacement total et 200 tonneaux exposant de charge. Note personnelle : (coque clouée, chevillée, doublée en cuivre ; et il est pourvu d’un câble en fer).
ARTILLERIE
Troisième batterie : calibre 24 nombre de caronades 8
DIMENSIONS PRINCIPALES DU BÂTIMENT
| Pieds | Pouces | Lignes | |
| Longueur totale : de perpendiculaire à perpendiculaire. | 70 | ||
| Largeur en dehors des membres | 23 | ||
| Creux au milieu de la ligne droite du pont sur la quille | 12 | ||
| Hauteur total de la quille | 10 | ||
| Épaisseur de la fausse quille | 2 | 6 | |
| Épaisseur du bordage du premier pont | 2 |
Tirant d’eau du bâtiment absolument lège, et mâté de ses mâts majeurs.
Tous emménagements faits de dessous quille
| Pieds | Pouces | Lignes | |||||
| Arrière | 8 | 4 | 6 | Pieds | Pouces | Lignes | |
| Avant | 5 | 3 | 4 | 6 | |||
| Somme | 13 | 4 | 6 | ||||
| Tirant d’eau milieu | 6 | 8 | 3 | ||||
| MÂTURE | |||||||
| Dimensions premières données | Changemens proposés | État de situation des différentes pièces de la mâture | |||||
| Longueur | Diamètre | Tonneaux | Longueur | Diamètre | Tonneaux | ||
| Pieds | Pouces | pieds | |||||
| Grand mât ……………………………………………… | 52 | 15 | 8 | ||||
| Mât de misaine………………………………………… | 47 | 14 | 7 | ||||
| Mât d’artimon………………………………………….. | |||||||
| Beaupré…………………………………………………. | 33 | 13,5 | 7 | ||||
| Grand mât de hune……………………………………. | 33 | 9 | 5 | ||||
| Petit mât de hune……………………………………… | 33 | 9 | 5 | ||||
| Grand perroquet……………………………………….. | 27,5 | 6 | 10,5 | flèche | |||
| Perroquet de misaine…………………………………. | 26,5 | 6 | 10,5 | id | |||
| Perroquet d’artimon…………………………………… | |||||||
| Perruche d’artimon……………………………………. | |||||||
| Bâton de foc……………………………………………. | 33 | 6 | 9 | id | |||
| Grande vergue…………………………………………. | 40 | 9 | 2~9 | ||||
| Vergue de misaine……………………………………. | 38 | 8,5 | 2~9 | Bout de vergue | |||
| Vergue d’artimon……………………………………… | |||||||
| Vergue du beaupré…………………………………… | 28 | 5 | 1~3 | ||||
| Vergue du grand hunier……………………………… | 30 | 7 | 2~6 | ||||
| Vergue du petit hunier……………………………….. | 30 | 7 | 2~6 | ||||
| Vergue de fougue…………………………………….. | |||||||
| Vergue de tangon ou arcboutant de misaine……. | |||||||
| Vergue du grand perroquet…………………………. | 20 | 4,5 | 1~3 | ||||
| Vergue du perroquet de misaine | 19 | 4,5 | 1~3 | ||||
| Vergue du perroquet d’artimon | |||||||
| Vergue de la perruche d’artimon | |||||||
| Vergue de contre-civade……………………………. | |||||||
| Arcboutans ferrés…………………………………….. | |||||||
| Bout-dehors de la grande vergue………………….. | |||||||
| Bout-dehors de la vergue de misaine…………….. | |||||||
| Bout-dehors de la vergue du grand hunier………. | 15 | 3,5 | |||||
| Bout-dehors de la vergue du petit hunier………… | 15 | 3,5 | |||||
| Bout-dehors de la vergue de fougue……………… | Longueur | Largeur | Épaisseur | ||||
| Bâton de pavillon de poupe…………………………. | |||||||
| Barre du grand mât…………………………………… | |||||||
| Barre du mât de misaine…………………………….. | |||||||
| Barre du mât d’artimon………………………………. | |||||||
| Vergue du grand perroquet volant……………. | 16 | 3,5 | 1 | ||||
| Vergue du petit perroquet volant………………. | 15 | 3,5 | 1 | ||||
| Corne…………………………………………………… | 24 | 5 | 1 | ||||
| Guy de Brigantine………………………………….. | 38 | 6 | « | ||||
| Baguette de Senau………………………………….. | 35 | 6 | « |
Equipage du brick la Mayenne rôle du 1er janvier 1823
Commandant et commandant en second
État major du bâtiment
équipage
| Apostille | Dates | Nom | Prénoms | Qualité | Lieux de naissance | Quartier | Folio | N° d’Inscription | |
| 01 janv | 1823 | TRIAL | Jean-Joseph | 2e Maître de Manœuvre à 60 | Bayonne | Bayonne | F° 21 | N° 80 | |
| 01 janv | 1823 | DULOGER | Laurent | Quartier Maître à 42 | Bayonne | Bayonne | F° 19 | N° 50 | |
| 01 janv | 1823 | DUBASQUE | Dominique | Aide canonnier à 42 | Bayonne | Bayonne | F° 272 | N° 9 | |
| 1823 | SOUBES | Pierre | Aide voilier à 46 | St Esprit | Bayonne | F° 12 | N° 45 | ||
| 1823 | LABORDE 3e né | Pierre | Aide calfat à 45 | St Esprit | Bayonne | F° 204 | N° 18 | ||
| 1823 | SAMSON | Louis | Aide charpentier à 39 | St Esprit | Bayonne | F° 88 | N° 110 | ||
| 1823 | BONNFOND | Jacques | QM à 36 | St Esprit | Bayonne | F° 314 | N° 442 | ||
| 1823 | VIDET | Clément | 2e Chef de timonerie à 69 | Montauban | bordeaux | F° 84 | N° 69 | ||
| 1823 | BRIVET | Philibert | Mlot à 30 | Bayonne | F° 90 | N° 105 | |||
| 1823 | DUCASSOU | Bernard | Matelot à 27 | Capbreton | Bayonne | F° 280 | N° 2 |
Les Gabares
Gabare est un nom féminin d’origine provençale, gabarra, tiré du grec ancien, Karabay qui signifie écrevisse, au figuré : bateau.
Au cours des siècles, elles sont successivement des embarcations pontées, à rames, à voiles ou à vapeur, utilisées pour le transport. Au XIXème siècle, les gabares deviennent des bâtiments de l’État, gréant trois mâts et jaugeant 300 à 400 tonneaux. Utilisée essentiellement pour le transport de chevaux, on les dénommait « gabares écuries ». Une série de cinq fut construite, la Zélée, la Chevrette, la Truie, la Lamproie et la Coquille, rebaptisée Astrolabe.
Durant ces 50 dernières années, la gabare reste un bâtiment auxiliaire de 500 à 1000 tonnes, doté de moyens de manœuvre et de levage importants, chargé en particulier de la réalisation de travaux sous-marins tels que les mouillages et relevages d’ancrages et de balises.
Elles ont participé à de nombreux mouillages et récupérations de mines, à la mise en place de matériel d’essai ou d’expérimentation, au repêchage des torpilles.
Si les gabares n’étaient pas les bâtiments les plus prestigieux de la Marine, on peut affirmer en toute objectivité qu’elles constituaient probablement l’une de ses principales chevilles ouvrières. Rustiques, efficaces, disponibles, discrètes, leurs services ont été appréciés sur toutes les mers du globe, par tous, civils et militaires, français et étrangers. Elles ont ainsi apporté leur précieux concours avec succès à des clients aussi divers que les forces sous-marines, l’aéronautique navale, les bâtiments de combat, la guerre des mines, l’expérimentation nucléaire, le S, la DGA… Elles ont très souvent œuvré au profit de l’action de l’État en mer, la protection du littoral et pour différentes missions de service public.
On peut considérer la gabare comme la plus belle école de manœuvre. Si tous les bons boscos n’ont pas embarqué sur une gabare, tous les manœuvriers de gabares sont devenus de bons boscos.
(D’après Cols bleus n° 2491 du 26 juin 1999 – LV Maurice Hurlet)
Correspondances à destination et au départ du bord de la Gabare ou Brick « la Mayenne«
Paris le 28 juin 1821
A M Forsans, Lieutenant de vaisseau commandant la gabare la « Mayenne » à Bayonne
Monsieur la gabare la « Mayenne » dont vous avez le commandement, est destinée à relever dans la station de l’Île de Bourbon, la gabare la Pintade, commandée par M Fournier, Lieutenant de Vaisseau
La Mayenne a été spécialement construite et armée pour ces services sur les indications fournies par M Le Bon (Aurélien, Émilien)* (Deux lettres de M Le Bon (Aurélien, Émilien) des 12 8 1819,1er Janvier 1820 et celle qui m’a été faite le 15 août 1820), alors commandant à l’Île Bourbon.
D’après les observations qui m’ont été adressées par le même capitaine de vaisseau, il est nécessaire que le bâtiment stationnaire dans cette colonie à l’Île de Bourbon soit muni d’une chaloupe de dimensions assez fortes pour lever et porter des ancres de bossoirs avec leurs câbles, mieux que ne pourrait le faire un canot à chaloupe tel que ceux qu’on a souvent, dans l’usage d’y substituer, à bord des bâtiments de S M.
La Pintade, dont le tonnage est le même que celui de la Mayenne, ayant une forte chaloupe, j’écris à M de Freycinet commandant de l’Île de Bourbon pour le prévenir qu’à votre arrivée, M Fournier devra mettre à votre disposition la chaloupe dont il s’agit, en échange de laquelle il recevra celle de la Mayenne : Je vous recommande de faire dresser en double expédition, un procès verbal de cette échange qui dont il sera en outre, pris note sur l’inventaire de chacun des deux bâtiments.
J’ai prescrit qu’à son départ de Bayonne, la Mayenne fût munie de dix mois de vivre pour son équipage et recharger pour un an une grande chaloupe de vaisseau et un grand canot pour les établissements français à Madagascar, devant, en outre, charger en (…) sur ce Bâtiment, avec leur gréement et d’en recharger pour un an : ces (embarcations) devront être remontées et terminées au lieu de leur destination ; elles y seront envoyées de l’Ile de Bourbon, soit par la Mayenne soit par un autre Bâtiment, suivant que Mon de Freycinet le jugera préférable Dès que cette gabare sera entièrement prête, vous saisirez la première occasion favorable d’appareiller de Bayonne, d’où il est à désirer que vous puissiez vous rendre directement à l’Ile de Bourbon.
Je ne vous préciserai rien sur les routes que vous aurez à faire pour y parvenir ; je m’en rapporte à cet égard à vos connaissances nautiques : mais je dois vous prévenir que la relâche de l’Ile Ste Hélène vous est formellement interdite ; Si, par des circonstances quelconques, vous trouver forcé d’entrer au Cap de Bonne Espérance, Je ne désapprouverais cette relâche ; mais vous aurez soins de m’en faire connaître les motifs.
A votre arrivée à l’Ile de Bourbon vous communiquerez la présente dépêche à Mr de Freycinet, vous lui remettrez, pour m’être transmis, un rapport sur les circonstances de votre navigation ; et vous vous conformerez aux ordres qu’il vous donnera : je ne doute pas qu’il est à se louer du zèle et de l’activité que vous déployerez pour le service du Roi. Formule de politesse et signé (Bon)
Source : BB4 421, Transcription P. Guyaux – lettre au LV Forsans, commandant la Mayenne, qui fait référence à une mission sur l’île Bourbon (lettre donnée à Bayonne, le 28 juin 1821).
Le 4 juillet 1823
À bord de la Mayenne, rade de Saint-Denis, le 4 juillet 1823
Je me tins sur la côte d’Arabie, comme l’indiquent M. M. Daprès et Horsbourg, et je vins sur le cap Aden, je désirais beaucoup le voir parce que M. M. de Rosily et Horsbourg ne sont pas d’accord sur sa longitude et encore moins M. Daprès avec ces deux ci. M. de Rosily place le cap Aden 24(x) plus à l’ouest que M. Horsbourg et j’étais curieux de savoir qui avait raison. Je ne sais s’ils ont tord tous les deux, mais notre longitude n’est d’accord ni avec l’un, ni avec l’autre, et elle tient un moyen terme entre les deux. Sauf prétendre avoir raison contre deux pareilles autorités, qui sont pour moi très respectables, J’ai cru devoir le noter et vous en faire part, et comme notre travail pourrait être affecté de quelques erreurs, J’ai fait conserver tous les éléments des calculs et j’ai même fait aire un tableau de toutes les observations de longitude que nous avons faites depuis notre départ de Bourbon, et où sont toutes les données qui nous ont servi, et avec lesquelles, on pourra contrôler tout notre travail.
Déjà dans des positions fort importantes telles que la pointe de Galle et le Cap Comorin nous avions trouvez des erreurs assez considérables sur notre cartes, soit en longitude, soit en latitude, mais nous avons été d’accord avec M de Rosily, soit pour Mahé à la côte Malabar, pour le détroit de Babelmandel et pour Moka à l’entrée et à la sortie du détroit, nous étions d’accord avec lui, et J’avais lieu d’être surpris de ne plus l’être deux jours plus tard pour une position fort importante qu’il parait avoir déterminée lui-même
Du reste le tableau que je (rends) et qui présente (les longitudes observées à bord de la Mayenne pendant […] Moka) est plus particulièrement le travail de M. Guyet, Enseigne de Vau à bord de la Mayenne que le mien, s’il a quelque mérite, l’honneur doit lui en appartenir. Depuis notre départ de Bayonne il est chargé de la montre et il en a suivi tous les mouvements avec la plus grande assiduité, son zèle ne s’est pas ralenti un instant Je n’ai guère pu faire que quelques observations
Observations qui n’ayant pas la même suite que les miennes, n’offriraient pas un travail aussi complet.
Source : SDH Vincennes : BB4 449/190 -191 Transcription P. Guyaux d’une lettre du CF Forsans, commandant la Mayenne, au sujet d’une traversée de Moka à Saint-Denis de l’île Bourbon (lettre donnée le 4 juillet 1823). Extrait pour copie conforme à l’original rendu à la Don des Colonies Le 6 avril 1824 (Signature illisible) Cachet du Ministère de la Marine Archives estampille N°191 Remis extrait le 7 avril à la 1 ère d on .
Le 20 février 1825
Île de Bourbon Marine et Colonies Année 1825. Aujourd’hui vingt février mil huit cent vingt cinq.
Nous : Desplanchet Capitaine de port ; Teullière Capne des ouvriers d’artillerie
En vertu des ordres de monsieur le Commandant et administrateur pour le Roi sous la date du dix huit courant nous sommes transportés à bord du Brick de sa majesté la Mayenne Commandée par monsieur Duhautcilly lieutenant de Vaisseau parsuitement mouillé sur la rade d St Denis Bour. En la présence de monsieur Foulon commis de marine délégué du contrôle procède à l’examen du grand mat du dit Brick la Mayenne soupçonné avarié dans la partie supérieure.
Rendu à bord nous nous sommes fait désigner l’endroit du mat ou existait le mal il nous a été facile de reconnaître que deux gersures peu longues existaient sur l’arrière du grand mat du coté babord à la hauteur du (jotereau) ; que ces gersures avaient été élargies par l’effet des instruments employés pour s’assuré du mal qui pouvait exister, avant d’en rendre compte par monsieur Duhautcilly à monsieur le Commandant et administrateur pour le Roi.
Ayant visité ces mêmes gersures nous avons reconnu que sur leurs bords le bois était en effet pourri, mais après y avoir introduit une tarrière, nous nous sommes assuré que le bois n’était gaté dans la gersure inférieure qu’à quatre pouces environ et dans celle supérieure à deux pouces et demi (le mat ayant quinze pouces de diamètre)… quelques coups d’herminette et de sciseaux donnés sur toute la circonférence du mat à la hauteur du mal signalé nous on permis de juger que ce mal ne s’étendrait pas à l’intérieure.
En conséquence notre opinion est que le grand mat du Brick de sa majesté la Mayenne peut encore servir dans l’état où il se trouve. Bien entendu qu’on réparrera de suite le mal apparent afin qu’il ne s’agrave pas. Nous le répétons, peu encore servir à moins que le mal ne soit plus grave sur les jotereaux* et au dessous des capelages des bas haubans où l’humidité se conserve assez ordinairement et peut avoir occasionné quelques altérations à la tête du mat ce dont il serait convenable de s’assurer et ce que nous n’avons pu faire sur la rade de Saint Denis, cette opération nécessitant le dégréement complet de ce mat ce qui ne peut avoir lieu que dans un port à l’époque critique de l’année ou nous nous trouvons.
Nous avons ensuite visité une cuisine en fer dont la cheminée nous a paru être en grande partie brulée à sa base a tel point que les étincelles s’en échappent de plusieurs endroits ce qui pourrait avoir de très graves inconvénients en raison du lieu ou elle est placée (l’entrepont). Le moyen de remédier à ce mal serait de recouvrir la grande partie de cette même cheminée par quelques feuilles de tôle.
En foi de quoi nous avons dressé le présent procès verbal pour servir ce que de raison.
Signé Desplanchet, Teullière, Foulon
Transcription P. Guyaux – d’un procès-verbal de visite du Brick la Mayenne en date du 20 février 1825. Archives de l’île de la Réunion (Cote ADR : 4S 161)
*Les Jottereaux ou Joutereaux de Mât : Ce sont deux pièces de bois, courbés, que l’on coud au du mât de chaque côté, pour soutenir les barres de Hune. D’après Savérien dans son Dictionnaire Historique, Théorique et Pratique de Marine (Jombert Ed. MDCCLVIII)
1er janvier 1826

A bord du brig du roi la Mayenne Rade de Jame’s Town, île de Ste Hélène
Monseigneur,
J’ai l’honneur d’informer votre excellence que le brig du roi la Mayenne que j’ai l’honneur de commander vient de mouiller à l’instant même devant Jame’s Town. Attaché à la station de Bourbon et de Madagascar depuis quatre ans avec la Mayenne à l’approche de l’hivernage actuel (x) trouvait hors d’état de continuer ce service à moins de réparations très dispendieuses qu’il eut fallu faire dans un port étranger, c’est ce qui a déterminé Mr le Gouverneur de Bourbon à nous renvoyer en France ; mais afin d’utiliser notre retour, Mr Freycinet nous a ordonné de passer par Cayenne où nous sommes chargés de porter plusieurs caisses de plantes et des martins dont on espère propager l’espèce à la guiane. Nous avons quitté Bourbon le 19 novembre, le 17 décembre nous avons doublé le cap de Bonne espérance après avoir éprouvé du tems terrible tant sur la côte Natal que sur le banc des aiguilles.
Cependant nous n’avons point fait d’avaries considérables, seulement les caisses de plantes ont souffert, car il a été impossible de les garantir entièrement des coups de mer multipliés qui ont été assez forts pour me donner des inquiétudes sérieuses sur le salut de la Mayenne ; néanmoins nous en avons été quittes à bon marché et depuis, le beau tems et les soins ont remis en très bon état les trois quart de nos plantes. Nous avons aussi perdu le quart de nos oiseaux par suite de mauvais tems tous les autres sont dans le meilleurs état et en cela nous sommes plus heureux que nous n’osions nous en flatter puisque sur 150 martins que l’on avait pris pour nous donner il en était mort à terre 122 dans l’espace de six semaines, et qu’on pensait d’après cela à Bourbon, qu’il n’en arriverait pas un seul à Cayenne. Cependant ces oiseaux ne sont pas trop délicats et sont aisés à nourrir il y a lieu d’espérer que désormais nous n’en perdrons plus.
Nous n’avons pas un seul malade depuis notre départ de Bourbon, au contraire les convalescents au nombre desquels je me trouvais moi-même se sont entièrement rétablis.
Mr Freycinet dans les instructions m’ayant indiqué la relâche de Ste Hélène je me suis dirigé sur cette île, ou quatre jours au plus suffiront pour completter notre eau et faire quelques réparation urgente à notre gréement par nos propres moyens et pour aucunes dépenses pour le roi.
J’espère être à Cayenne dans les premiers jours de février, de là Monseigneur j’aurai l’honneur de vous adresser un nouveau rapport afin que votre excellence soit informée des moindres détails de notre navigation.
Daignez agréer, Monseigneur l’assurance du très profond respect et la parfaite soumission avec lesquels j’ai l’honneur d’être de votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.
M Duhaut-Cilly, Lieutenant de vaisseau
À son Excellence le Ministre de la Marine et des Colonies
Archive SDH Vincennes – Cote BB4/474 – Annotations : (? Directeur) ; Cpa 1 678, 21 février 1826 ; – Rep le 18 mai – Correspondance : classée, numérotée : 168RectoVerso et 169 – Lettre de Malo Bernard Duhaut-Cilly envoyée de l’Île de Sainte-Hélène le 1er janvier 1826 Transcription P. Guyaux
En Rade de Pauillac le 15 avril 1826 à bord du brick du roi La Mayenne
Monseigneur
Par un rapport que j’ai eu l’honneur de vous adresser de Ste Hélène et dont le duplicata est ci-inclus, j’ai déjà informé votre Excellence des motifs de notre retour en France et des circonstances de notre navigation jusqu’à Ste Hélène il me reste maintenant à lui rendre compte du reste de la campagne.
En quittant Ste Hélène je me dirigeai sur l’Ascension tant pour rectifier mon point que pour y prendre quelques tortues. Le commandant Anglais nous en donna gratis, disant qu’il avait ordre d’en agir ainsi envers tous les bâtiments de S.M.T.C – Nous ne mouillâmes point à l’Ascension, nous restâmes seulement deux heures en panne devant le poste Anglais et nous fîmes route pour Cayenne où, après une traversée fort douce nous arrivâmes le 31 janvier nous y avons déposé en bon état les deux tiers des oiseaux et des plantes que nous portions pour la Guyane après avoir fait prendre un repos à mon équipage je me disposais a faire route pour France mais nous fumes retenu dans la rivière par défaut d’eau jusqu’au 19 février.
En quittant Cayenne je dirigeai la route de manière à passer au vent de la chaîne des Antilles mais les courants et la grosse mer nous forcèrent à passer entre la grenade et les Grenadines quand je me vis sous le vent des îles, j’essayais d’(…) mon voyage et cette contrariété en passant à la Martinique et à la Guadeloupe où j’aurais pu prendre les dépêches du gouvernement mais après avoir lutté inutilement pendant plusieurs jours contre de forts vents du NE je me vis forcé de renoncer à mon projet dans la crainte de faire des avaries, car tout est usé à bord de la Mayenne. Passais donc chercher le canal (?), le mauvais tems continuant, avant de débouquer me mis à l’abri de l’île de Nièves devant Charles’ Stonw pour tenir notre gréement, opération que nous n’avions pu faire à la Guyane à cause des pluies continuelles, nous avons quitté cette île le cinq mars et après une traversée longue et fatigante contrarié par les vents à l’entrée de Rochefort étant tout à fait à la fin de nos vivres je me suis décidé à regret, mais par nécessité à dormir dans la Gironde, où j’entrai hier soir. Aussitôt que le vent le permettra, à moins que votre Excellence m’en donne des ordres contraires je ferais route pour le lieu de ma destination.
Nous n’avons pas eu de malades et n’avons éprouvé aucun accident fâcheur depuis notre départ de Bourbon je n’ai que des éloges a donner à mes officiers et à l’équipage pour le zèle dont chacun s’est montré animé dans les intérêts du service de sa Majesté pendant cette longue campagne je remplis un devoir bien agréable en leur rendant ce témoignage près de votre Excellence.
Daignez agréer, Monseigneur l’assurance du profond respect et de la parfaite soumission avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur. Signé M. Duhaut-cilly
A son Excellence Monseigneur le Comte de Chabrol de Crouzol Ministre de la Marine et des Colonies.
Correspondance du cabinet du Ministre à Monsieur Malo Bernard Duhaut-Cilly en réponse à la lettre envoyée de Pauillac lors du retour de Guyane.
Paris le 18 mai 1826
Courrier N°118 – À M. Duhaut-Cilly, lieutenant de vaisseau à Rochefort
Monsieur, j’ai bien reçue la lettre que vous m’avez adressée de la rade de Pauillac, le 15 avril (dernier) pour m’annoncer l’arrivée dans la Gironde, de la gabare la Mayenne, dont le commandement vous était confié et qui, en revenant de l’Île de Bourbon à déposé des plantes à Cayenne.
J’ai également reçu la lettre du 1er janvier par laquelle vous m’informiez de vôtre relâche à Ste Hélène.
M le commandant et administrateur pour le roi à l’Île Bourbon ne m’a rendu que des comptes avantageux de vos services pendant le tems que vous avez été employé dans cette colonie et il m’est agréable de vous exprimer ma satisfaction. (Texte rayé ; j’ai fait prendre note de vos honorables témoignages dans les bureaux de la direction des personnels Satisfaction).
Archive SDH Vincennes – Cote BB4/474 – Correspondance : Classée, numérotée : 166 Recto/Verso et 167
ILS ONT COMMANDÉ LA GABARE « La MAYENNE »
Pierre FORSANS (1775-1837)
Capitaine de vaisseau de la Marine Royale. Chevalier de l’ordre Royal et Militaire de Saint-Louis Commandeur de l’ordre Royal de la légion d’Honneur. Directeur du port de Rochefort
Nous recevons également l’avis du retour à Bourbon, en juillet dernier, d’une expédition envoyée à Moka, par M. le capitaine de vaisseau Freycinet, gouverneur de la colonie, dans le but d’en rapporter des graines de café de cette espèce supérieure qui commençait à dégénérer à Bourbon. Cette mission à été remplie de la manière la plus satisfaisante, par le capitaine de frégate Forsans, qu’accompagnait M. Bréon, jardinier botaniste du gouvernement à Bourbon. Le résultat a été à l’arrivée dans cette île de onze barriques de graines de café des crûs les plus renommés d’Arabie. M. de Freycinet se disposait à en faire la distribution parmi les jardins royaux et les habitations particulière de la colonie. Nous ne devons point omettre d’ajouter que M. Forsans a reçu de l’Imam de Soanna l’accueil le plus flatteur ainsi que toutes les facilités nécessaires pour le succès de sa mission, et que ce prince à témoigné le désir de voir les français renouer et entretenir des relations de commerce avec ses états. (Moniteur du 13 nov. 1823)
Malo BERNARD DUHAUT-CILLY. Lieutenant de vaisseau de la gabare la Mayenne. (Saint-Malo, 1788 – en mer, 1842)

Né à Saint-Malo le 1er mars 1788, Malo Duhaut-Cilly commença à naviguer à l’âge de quatorze ans comme novice sur un navire marchand armé par son père, puis servit en 1804-1805 en qualité d’aspirant de 2e classe dans la flottille de Boulogne rassemblée par Bonaparte en vue d’une descente en Angleterre.
Après avoir participé à la guerre de course dans l’océan Indien en 1807-1808, il ne quitta plus la marine de guerre. Toujours dans l’océan Indien on le retrouve ainsi aspirant à bord des frégates la Piémontaise – prise par les anglais en mars 1809 et la Bellone en 1810 au retour de neuf mois de captivité. Rentré en France en 1811, après la perte des îles, il reprit la mer en 1812-1813 comme enseigne de vaisseau sur les frégates Rubis et l’Aréthuse, pour ensuite être nommé lieutenant de vaisseau peu avant la fin de l’Empire.
Après avoir connu une certaine disgrâce au début de la seconde Restauration, il recommença à naviguer en 1817 pour ne plus s’arrêter jusqu’à ce que la mort le terrasse en mer en 1842, après qu’il eut exercé des commandements très divers, ainsi comme lieutenant de vaisseau, celui de la gabare la Mayenne dans l’océan indien en 1824-1826 ou, en temps que capitaine de frégate, ceux de la Diane en 1829-1831 et de l’Hermione en 1833-1834, qui le conduisirent de la mer des Caraïbe aux côte atlantiques de l’Amérique du sud. Son avant dernier commandement, le premier comme capitaine de vaisseau, fut celui de la corvette l’Ariane dans les mers du Sud et le Rio de la Plata (blocus de Buenos Aires) en 1836- 1839.
Malo Bernard Duhaut-Cilly mourut le 16 mars 1842 d’un mal subit, que rien ne laissait prévoir, à bord de la Vénus, en Méditerranée. (Jacques PÉRILHOU).
Son corps conservé dans un tonneau de rhum a été ramené à Toulon, puis à Brest et St Servan.
Saint-Malo 2000 Ans d’Histoire, p.129, Gilles Foucqueron, 1999 – « 321 Malouins » Sous la direction de Jean-loup AVRIL, Édition les portes du large.
Il est inhumé dans le cimetière marin du Rosais.


Louis-Pierre POTESTAS, 1791-1861
Capitaine de Corvette en retraite, chevalier de la Légion d’honneur, Bibliothécaire de la Marine au port de Rochefort, Archiviste de la Société Académique de la même ville,Du 9 novembre 1829 au 1er mai 1831, il commanda les stationnaires de l’île d’Aix, « la Gironde » et « la Mayenne. »
Philippe Denis BELLOT,
Le Lieutenant de Vaisseaux Du 1er mars au 30 avril 1831 stationnaire à l’île d’Aix sur la gabare « la Mayenne »
Monsieur GUILLOTIN,
Par dépêche ministérielle du 21 août 1835, le lieutenant de Frégate M. Guillotin a été nommé commandant de la gabare « la Mayenne » stationnaire à l’île d’Aix
Antoine CARLES, matelot
Le 9 octobre 1832, le nommé CARLES (Antoine), apprenti-marin du quartier de Langon, embarqué à bord de la gabare la Mayenne, s’est jeté à l’eau tout habillé, en rade de l’île d’Aix, quoique la mer fût houleuse et clapoteuse, pour se porter au secours d’un de ses camarades qui était tombé en embarquant dans un canot. Emporté par le courant, qui filait au moins trois nœuds en ce moment, et ne sachant point nager, ce malheureux allait infailliblement périr, lorsque Carles est parvenu à l’atteindre, et l’a soutenu sur les flots jusqu’au moment ou une embarcation les a recueillis tous les deux. « Le nommé Carles, bien qu’à peine âgé de dix-neuf ans, avait déjà sauvé, au mois de juillet précédent, un ouvrier qui était tombé dans la Loire. Médaille d’argent, le 24 novembre 1832.
Règlements et décisions ministérielles, mémoires, observations et notices particulières, contenant tout ce qui peut intéresser la Marines et les Colonies sous les rapports militaires, administratifs, judiciaires, nautiques, consulaires et commerciaux. Publié avec l’approbation du Ministre de la Marine et des Colonies Par M. BAJOT, Commissaire de marine honoraire, etc.,-Et M. POIRRÉ -Sous-chef de bureau au ministère.TOME I 20e ANNÉE. 2e SÉRIE. Partie non officielle. Paris de l’imprimerie Royale m dccc xxxv. (1835)


